Des bruits de personnes en mouvement dans l’appartement du dessus parvinrent jusqu’à Anjali à travers les brumes du sommeil, la réveillant. Elle ouvrit les yeux en clignant des paupières, désorientée pendant un instant. Puis sa vision s’ajusta à la pénombre de la pièce. De petits rayons de lumière scintillaient en bordure des volets des fenêtres, seule indication qu’il faisait bel et bien jour à l’extérieur.
Anjali avait mal au cou et au dos du fait d’avoir passé des heures affalée dans le fauteuil situé près du canapé, mais elle n’avait pas pu se résoudre à retourner dans le lit. Thorne s’était endormi et à un moment elle avait remarqué que l’un de ses bras pendait du canapé. Lorsqu’elle avait voulu le replacer avec précaution sous la couverture, il avait attrapé et serré sa main dans la sienne. Il ne s’était pas réveillé – ce geste étant d’autant plus touchant qu’il était inconscient – et Anjali n’avait pas eu le cœur de retirer sa main. Alors, submergée par plus d’émotions que ce qui devrait être autorisé, elle s’était assise dans le fauteuil, sa main dans celle du démon.
Et il ne l’avait toujours pas lâchée.
Il s’étirait à présent, sa main serrant plus fermement la sienne pendant une seconde, avant qu’il ouvre les yeux, voie leurs mains jointes, et la relâche. Il se racla la gorge.
— Bonjour.
Sa voix était rauque de sommeil, son timbre si délicieusement grave qu’elle sentit son estomac papillonner.
— Bonjour. Bien dormi ?
Thorne acquiesça d’un hochement de tête et se redressa pour s’asseoir. La couverture retomba sur ses hanches, révélant son torse nu, et Anjali hoqueta de surprise.
— Tes blessures… Il n’y a plus rien !
Il passa sa main sur les petites lignes rosées striant son corps, seule preuve qu’il avait été récemment blessé.
— Oui. Je suis guéri.
— C’est incroyable.
Le démon haussa les épaules, ses muscles ondulant sous sa peau régénérée. Une peau qu’elle aspirait à caresser, où elle voulait faire courir sa main sur les courbes bien dessinées de ses pectoraux et de ses abdominaux – ces lignes sur les hanches d’un homme qui faisaient perdre la tête aux femmes – en suivant le contour de ces muscles jusqu’à l’endroit où ils disparaissaient sous la ceinture de son pantalon…
Anjali passa sa langue sur ses lèvres et détourna les yeux, son désir pulsant dans ses parties intimes.
— Je vais aller prendre une douche.
Thorne se leva du canapé, la nonchalance de ses paroles démentie par la chaleur de son regard. Oh, il était parfaitement conscient de la direction qu’avaient prise les pensées de sa sorcière.
Et cette dernière échoua lamentablement dans sa tentative de ne pas regarder du coin de l’œil le renflement visible sous son pantalon. Elle s’empourpra, la peau en feu.
— Je vais m’occuper du petit-déjeuner.
Pendant que Thorne était dans la salle de bain, Anjali se rendit utile dans la cuisine en préparant des œufs brouillés, des pommes de terre rissolées, et du bacon. Le grésillement des aliments en train de cuire et l’odeur alléchante d’un copieux petit-déjeuner emplirent la pièce.
Ce baiser. Il la hantait. Qu’est-ce qui lui avait pris ? Elle n’avait pas eu l’intention de l’embrasser, avait essayé de garder la tête froide et de ne pas laisser l’attirance indéniable qui existait entre eux biaiser son appréciation du caractère du démon. Se rapprocher de lui de cette manière ne ferait que lui compliquer la tâche pour déterminer en toute objectivité s’il avait un bon fond – et prendre les mesures nécessaires si elle découvrait que ce n’était pas le cas.
Et pourtant… elle ne s’était jamais sentie aussi attirée par quelqu’un auparavant. Comme si tout son être, son âme, était un compas et que lui était son véritable nord. Il lui était de plus en plus difficile de ne pas le toucher quand il se trouvait à proximité, de ne pas céder à ce puissant désir instinctif de franchir la distance qui les séparait pour faire fusionner leurs corps et voir à quel point leur union pourrait être explosive.
Sans parler du fait que les aperçus qu’elle avait eus de son passé lui donnaient vraiment envie de l’étreindre et de prendre soin de lui. Elle n’avait jamais rencontré quelqu’un qui avait tant besoin d’une autre personne dans sa vie pour s’occuper de lui en étant simplement présente et bienveillante.
Anjali s’arrêta un instant et posa une main sur sa poitrine, comme pour tenter de soulager la douleur lancinante qu’elle ressentait à cet endroit. Bon sang, elle avait réellement mal au cœur pour lui.
Et c’était bien pour cette raison qu’elle devait prendre du recul et garder ses distances, surtout sur le plan émotionnel.
Elle venait juste de poser les assiettes sur la table basse installée devant le canapé – la seule surface disponible à peu près convenable pour un repas – lorsque Thorne sortit de la salle de bain. Sa serviette était enroulée autour de ses hanches à une hauteur dangereusement basse, et la sorcière trébucha en retournant dans la cuisine, manquant heurter le comptoir de peu. Quelle vision !
Le démon disparut dans la chambre, rompant le charme sous lequel elle était. Malgré tout, elle ne parvenait pas à conjurer la mémoire visuelle de son torse mouillé, les gouttes d’eau ruisselant de façon si aguichante le long de ses muscles bien dessinés. Réalisant qu’elle était jalouse de ces gouttes d’eau – chose parfaitement irrationnelle – et de la façon dont elles pouvaient toucher ce qu’elle ne pouvait pas, elle se cogna la tête contre le réfrigérateur. Que les dieux me viennent en aide !
— Tu vas cabosser le frigo, tu sais.
La voix de Thorne à son côté fit sursauter Anjali.
Le démon esquissa un sourire, et ses yeux rieurs menaçaient toutes les bonnes résolutions de la sorcière de façon déloyale. Il portait un pantalon noir et avait couvert ce sublime torse qui était le sien avec un tee-shirt gris ardoise qui moulait parfaitement ses muscles. Anjali laissa échapper un soupir devant une si belle masculinité.
— Le petit-déjeuner est prêt.
Après cette annonce, elle alla s’asseoir dans le fauteuil, craignant autrement de donner suite à l’une des nombreuses idées qu’elle avait en tête sur ce qu’elle pourrait faire avec lui, chacune d’entre elles en totale contradiction avec son souhait de garder ses distances.
Ils mangèrent dans un silence tendu, tous les non-dits entre eux suffisamment éloquents pour faire siffler les oreilles d’Anjali. Une fois arrivée au bout de ce qu’elle pouvait supporter, elle rompit la glace.
— Parle-moi de ta famille.
Bien joué, Anjali. Ta façon de le questionner est si subtile.
Thorne se raidit des pieds à la tête, et son corps était si tendu qu’elle songea qu’il pourrait bien se claquer un tendon.
— Pourquoi ?
— Je suis juste curieuse, dit-elle en haussant les épaules d’un air prétendument désinvolte. Les histoires de famille sont toujours si amusantes, surtout quand il est question de ce parent excentrique que tout le monde semble avoir. Ou de plusieurs parfois.
— Il n’y a pas grand-chose à raconter.
Anjali sentit un frisson lui dévaler le dos. Il s’était exprimé d’une voix si blanche et froide qu’elle se frotta les bras pour se réchauffer. Son instinct lui disait qu’il cachait une profonde souffrance derrière ce masque de froideur et d’indifférence.
— Comment était ton père ?
— Je ne l’ai jamais connu. Il est mort avant ma naissance.
Mince, il était orphelin ? Anjali se sentit aussi oppressée que si quelqu’un avait fermement bandé sa poitrine.
— Je suis vraiment désolée. Ça n’a pas dû être facile de grandir sans tes parents.
— Je me suis débrouillé.
Cette façon de le formuler. « Je me suis débrouillé. » Pas de nous. Aucune allusion à d’autres membres de la famille solidaires, à des adultes qui se seraient occupés d’un enfant obligé de grandir sans l’amour de ses parents.
— Qui t’a élevé ? demanda-t-elle d’une petite voix.
Le démon lui répondit sans la regarder dans les yeux.
— Mon grand-père, principalement. Ma tante et mon oncle étaient là aussi. Et leurs enfants.
Un entourage représentant un bon soutien, a priori, des parents proches vers qui se tourner pour combler le vide laissé par la mort de ses parents. Et pourtant, son ton semblait indiquer le contraire.
— Thorne… (Elle déglutit, l’horrible vérité supposément cachée derrière ce qu’il n’avait pas dit la faisant frémir.) Qu’est-ce qui s’est passé ?
Il se leva et commença à s’éloigner.
— Je ne vois pas de quoi tu veux parler.
— Si, tu vois très bien, rétorqua-t-elle calmement.
Anjali se leva à son tour et le suivit, s’arrêtant à un pas de lui lorsqu’il se figea. Elle leva le bras de manière hésitante et vint poser une main sur son épaule.
— Qui ça ?
— Qui ça quoi ?
La voix de la sorcière se brisa lorsqu’elle posa la question suivante.
— Lequel d’entre eux t’a fait du mal quand tu n’étais qu’un enfant ?
Thorne finit par se retourner, et la main d’Anjali se retrouva posée sur son cœur. Ce qu’il dit ensuite ébranla des parties fragiles de son âme.
— Chacun d’entre eux.
Elle se couvrit la bouche de son autre main pour étouffer un cri de stupéfaction. Comment… ? C’était inconcevable qu’une famille puisse être autre chose qu’une base solide aimante, attentionnée, et solidaire. Les membres de sa propre famille s’impliquaient tous dans la vie des uns et des autres à un degré parfois exagéré susceptible de faire enrager une personne saine d’esprit, mais au cœur de tout ça, cette implication était entremêlée de tant d’affection et de préoccupation pour le bien-être de chacun. En cas de coup dur, ils étaient tous prêts à se battre les uns pour les autres, jusqu’à la mort si nécessaire, et à faire des sacrifices afin que chaque membre de la famille demeure en bonne santé, heureux, et entouré d’un soutien indéfectible.
La seule pensée d’une famille se retournant contre l’un des siens et le faisant souffrir lui donnait la nausée.
Anjali regarda Thorne et, irrémédiablement, craqua encore un peu plus pour lui.
— Je suis vraiment dés…
— Je ne veux pas de ta pitié, dit-il d’une voix sèche qui irrita la sorcière.
Elle secoua la tête pour dénier.
— Ce n’est pas de la pitié. Je compatis, c’est tout.
— C’est la même chose.
— Non, pas du tout. Comment te sentirais-tu, toi, si tu me voyais souffrir ?
Les traits du démon se durcirent encore davantage, une lueur meurtrière passant dans ses yeux.
— Je traquerais et je tuerais quiconque t’aurait fait du mal.
Anjali soupira intérieurement. Bon, on va faire avec.
— OK, ça me paraît justifié. Et qu’est-ce que tu ferais après avoir tué cette personne qui m’aurait fait du mal ? Si tu me voyais pleurer ? En souffrance émotionnelle ?
Thorne fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour parler, mais elle le devança.
— Tu ne chercherais pas à me réconforter ?
Il déglutit et hocha la tête pour acquiescer.
— Parce que tu ne veux pas que je souffre. C’est de la compassion, de l’empathie. Pas de la pitié.
— C’est quand même différent dans ce sens-là.
— Comment ça ?
— Si c’était toi qui souffrais. Tu mériterais cette compassion. Tu es quelqu’un de bien.
Anjali retint son souffle.
— Et pas toi ?
Il fit non de la tête, le regard dur.
Son expression tira sur la corde sensible de la sorcière.
— Pourquoi ? Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
Est-ce qu’elle était parvenue à ses fins ? Est-ce qu’il allait lui dire maintenant qu’il était diabolique, qu’il avait fait des choses terribles ? Qui dirait cela à propos de lui-même ? Son estomac se noua d’appréhension.
— Je suis toxique, dit-il d’une voix crissante qui la fit grincer intérieurement.
— Explique-moi ça, murmura-t-elle.
Thorne déglutit de manière visible.
— J’empoisonne la vie des personnes qui sont proches de moi. Je ne suis pas quelqu’un de bien. Je salis tout ce que je touche. J’ai même tué ma mère.
Le cœur d’Anjali s’arrêta de battre.
— Pardon ?
Faites que ce ne soit pas vrai, par pitié. Faites que…
— Elle est morte juste après l’accouchement.
La sorcière eut presque honte du soulagement qu’elle ressentit aussitôt.
— Mais ce n’est pas ta faute. C’est terrible, bien sûr, mais tu n’es pas responsable de ça…
— Elle serait encore en vie si je n’étais pas né. C’est un fait.
— Tu n’en sais rien. Quelque chose d’autre aurait pu lui arriver et…
— Mes deux cousins sont aussi morts à cause de moi.
Il était apparemment lancé, visiblement désireux de faire sortir tout ça. Chaque confession sortait de sa bouche comme soulagée d’être enfin libérée.
— C’est ma faute s’ils ont été tués. On jouait dehors une nuit, et cette sorcière est arrivée… Notre capacité à nous camoufler dans les ombres n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui, et c’est moi qui étais le moins doué. J’étais maladroit et j’ai trébuché. J’ai perdu le contrôle sur les ombres, la sorcière m’a vu, et je me suis enfui. J’ai couru directement vers mes cousins, révélant leur cachette. La sorcière les a tués tous les deux. J’ai réussi à me sauver et je me suis caché dans une conduite d’égout.
Anjali était choquée au-delà des mots et ne put rien faire d’autre que de regarder fixement le visage angoissé du démon.
— Ils sont morts. À cause de moi, renchérit-il en se tapant la poitrine du poing. Je sème la mort autour de moi. Tu as bien failli te faire tuer aussi à cause de moi la nuit dernière. Toi. Alors que tu es la seule bonne chose dans ma vie. Tu as failli mourir dans ce tunnel !
Elle prit une grande inspiration, se détourna, se pinça l’arête du nez, puis lui fit de nouveau face.
— Premièrement, je n’ai pas failli mourir là-dedans. Je me suis cogné la tête. Pas de quoi s’affoler. Deuxièmement, poursuivit-elle en plantant un index dans la poitrine du démon, c’est moi qui ai pris la décision de te suivre la nuit dernière et de te filer le train jusque dans un tunnel sombre dont j’ignorais l’existence, alors je suis la seule responsable de ce qui m’est arrivé. Pas toi. (Elle s’interrompit un instant pour reprendre son souffle.) Et en parlant de ça, tu n’as pas à endosser la responsabilité de tout ce qui se passe autour de toi. De mauvaises choses arrivent parfois, c’est comme ça. Je suis désolée pour la mort de tes cousins, et vraiment, vraiment désolée pour ta mère, mais aucun de ces incidents n’était ta faute. Tu n’as pas tué ta mère. Et tu n’as pas tué tes cousins.
— Peut-être pas directement. Mais j’ai causé leur mort. C’est quelque chose qui me poursuit. Je n’apporte que la mort.
Anjali posa ses deux mains sur ses hanches.
— Mm Mmh, bien sûr. Ce n’est pas comme si tu m’avais sauvé la vie une bonne centaine de fois.
Thorne recula en secouant la tête.
— Tu ne comprends pas. Il ne s’agissait pas de simples coïncidences. Si tu restes dans les parages, tu finiras par être blessée à cause de moi. Ou pire. Et je ne peux pas…
— Arrête.
En un instant, elle se retrouva devant lui, dressée sur la pointe des pieds, et l’attira vers elle pour l’embrasser.
— Il faut vraiment que tu arrêtes, murmura-t-elle en effleurant ses lèvres avant de presser de nouveau les siennes dessus.
Ce n’était pas seulement parce qu’elle n’avait pas trouvé un autre moyen de le faire taire, non. C’était né du désir brûlant de lui faire voir et de lui faire ressentir qu’il était quelqu’un de bien, qu’il en valait la peine. Comment pourrait-elle ne pas abolir la distance qui existait entre eux à présent ? L’attirer vers elle et l’extirper de cet endroit obscur où il avait sombré, l’inonder de chaleur, de lumière, et d’am…
Non, ne prends pas ce chemin. Concentre-toi sur…
Thorne agrippa la hanche de sa sorcière d’une main, enfouit l’autre dans ses cheveux, et la fit tourner pour l’adosser au mur. Il n’était que chaleur et puissance, l’incarnation du sexe explosif pressé contre elle, la tenant fermement entre ses bras. Il l’embrassa avec ardeur, éveillant chez elle un plaisir douloureux à tous les bons endroits.
Anjali s’écarta de lui en haletant et plongea ses yeux dans son regard bleu glacier, un regard qui hantait sa mémoire depuis ses douze ans.
— Tous ces fantasmes que j’avais à propos de toi, murmura-t-elle. Ils étaient bien loin de la réalité. Tu es tellement plus que ce que j’avais espéré.
— Tu as fantasmé sur moi ?
Son expression demeura impassible, mais il raffermit sa prise sur ses cheveux.
Les joues d’Anjali s’enflammèrent.
— Une adolescente. Des hormones. Un beau garçon du genre bad boy. Fais le calcul.
— Je n’ai jamais été bon en maths, dit-il d’un ton inexpressif. Il va falloir que tu m’expliques.
Vraiment coquin ! Le cœur léger, elle ne put réprimer son sourire.
— Je rêvais souvent que tu venais m’enlever. Que tu m’attrapais et m’entraînais dans ton repaire pour me faire toutes sortes de choses inavouables. Tu sais. (Elle haussa les épaules.) Les trucs habituels.
L’intensité du regard brûlant du démon faisait fourmiller sa peau.
Elle poursuivit son explication après un éclat de rire visant à désamorcer l’insoutenable tension sexuelle entre eux, si palpable dans l’air qu’il semblait figé.
— Je suppose que c’était dû à un cocktail hormonal après avoir trop regardé Le Fantôme de l’opéra et La Belle et la Bête, avec une pincée de Roméo et Juliette.
Thorne avait toujours les yeux braqués sur elle.
— Tu as fantasmé sur moi, dit-il lentement d’une voix suave.
— Hum, eh bien, oui, c’est ce que je viens de dire. Je sais que ça paraît un peu bizarre vu que je ne te connaissais pas vraiment, mais…
Sa bouche s’écrasant sur la sienne la fit taire de manière efficace. Il l’embrassa avec une faim sensuelle si débridée qu’elle s’embrasa. Gémissant contre sa bouche, elle fondit dans ses bras. Elle enfouit l’une de ses mains dans ses cheveux tandis que l’autre glissait jusqu’à son dos. Elle empoigna son tee-shirt et tira dessus.
— Enlève, dit-elle dans un souffle.
Il se recula juste assez pour voir son visage.
— Mes mains ?
— Non, certainement pas ! répondit-elle en riant. Ton tee-shirt.
Thorne lui adressa un sourire en coin. Il leva les bras, attrapa le tee-shirt au niveau de sa nuque et l’ôta d’un seul geste habile. Ses muscles ondoyant sous sa peau étaient un festin pour les yeux d’Anjali. Il n’avait même pas encore jeté son haut sur le côté qu’elle avait déjà les mains sur lui.
Ses lèvres suivirent. Elle se pencha et embrassa ses pectoraux, avant de suivre avec sa langue le tracé des cicatrices barrant ses épaules. Il frémit sous ses caresses. Partout où elle le touchait, ses muscles se contractaient et sa peau se tendait, preuve émoustillante de l’effet qu’elle lui faisait. Un truc de fou, ce genre de pouvoir.
Anjali sentait son propre désir pulser à la jonction de ses cuisses, sa peau lui semblait trop tendue, trop sensible, mourant pourtant d’envie d’être touchée. D’un geste audacieux qui la surprit elle-même, elle retira son haut à manches longues. Le souffle court, elle se tint droite devant lui, son soutien-gorge noir en dentelle représentant la seule barrière entre ses seins nus et son regard avide.
— Touche-moi, murmura-t-elle. Je t’en prie.
Thorne arracha ses yeux de son décolleté et chercha son regard.
— Si tu veux que je m’arrête, dis-le-moi.
— C’est toi que je veux.
Après une grande expiration, il leva lentement la main, comme s’il s’apprêtait à toucher une relique sacrée. Maîtrisant son calme, il fit glisser l’une des bretelles de son soutien-gorge, puis l’autre. Elles pendaient maintenant le long de ses bras, le sous-vêtement ne couvrant plus qu’à moitié le renflement de ses seins.
Le sang bouillant d’excitation à l’idée de ce qu’il allait lui faire, Anjali n’osait plus respirer. Ses tétons avaient déjà durci, attendant ses caresses avec impatience. Elle avait déjà couché avec quelqu’un avant – avec le seul petit ami régulier qu’elle avait eu –, mais elle ne s’était jamais sentie aussi électrisée, aussi désireuse qu’on la touche.
Thorne se pencha, fit passer ses mains dans son dos – sans autoriser ses doigts à effleurer sa peau – et défit son soutien-gorge. Il tomba au sol, exposant les seins nus de sa sorcière à sa vue, à ses caresses. Le cœur battant à mille à l’heure, la peau en feu, et les nerfs à vif, elle gémit.
— Si tu ne te décides pas rapidement à me toucher, je vais devoir recourir à la violence.
— Chuuut.
Il sourit, ses mains planant à un centimètre de sa poitrine.
— Les premières fois doivent être savourées.
Il abaissa sa main et fit courir le dessus de ses doigts sous ses seins. De fortes décharges d’excitation fusèrent directement vers le sexe palpitant de la sorcière. Elle agrippa la ceinture du jean de son démon et l’attira plus près.
— Les mains sur le mur, lui ordonna-t-il d’une voix douce, ses yeux reflétant sa détermination.
Prenant une inspiration chevrotante, elle fit ce qu’il lui avait demandé et pressa ses mains contre le mur – lui laissant le champ libre pour explorer son corps. Lorsqu’il traça le contour de ses aréoles du bout des doigts, elle se mordit la lèvre, renversa la tête en arrière, et ferma les yeux. Il pinça l’un de ses tétons entre son pouce et son index, le fit rouler, tira dessus, cette attention particulière la rendant folle. Par tous les dieux, elle avait les genoux qui tremblaient !
Elle ouvrit brusquement les yeux quand elle sentit la chaleur moite de sa bouche autour de son téton. Elle gémit, de plus en plus excitée, le besoin de le toucher aussi devenant primordial.
— Je t’en prie, j’ai besoin de…
Il lâcha son téton.
— Est-ce que je te fais mal ?
— Seulement en m’empêchant de te toucher.
Un sourire aux lèvres, Thorne hissa sa sorcière dans ses bras et la porta jusqu’à la chambre. Il l’allongea sur le lit et se plaça au-dessus d’elle. Ses cheveux aussi noirs que la nuit cascadaient autour de son visage, et ses yeux bleus comme un ciel d’hiver flamboyaient dans la pénombre. La façon dont il la regardait lui coupa le souffle.
— Tu peux me toucher autant que tu le veux, murmura-t-il en l’embrassant dans le cou.
Il n’eut pas besoin de lui dire deux fois. Elle fit courir ses mains sur ses épaules, dans son dos, partout sur son torse, se délectant de la sensation des lignes fermes de son corps, de la puissance vibrant sous ses doigts.
Le démon continua à l’embrasser en descendant le long de sa poitrine – suçant chacun de ses tétons tour à tour, la sensation de traction faisant pulser son sexe de plaisir – jusqu’à la ceinture de son jean, où il défit le bouton avant de faire descendre la fermeture éclair. Elle souleva ses hanches tandis qu’il lui ôtait son pantalon. Sa culotte suivit, exposant sa partie la plus intime à sa vue. Il s’arrêta un instant et observa avec attention la petite languette de poils noirs épilés avec soin, le regard brûlant.
Anjali était plutôt à l’aise avec son corps habituellement, mais à présent elle était sur le point de se sentir gênée sous son regard insistant lorsqu’il releva la tête et dit :
— Tu es si belle.
Des mots tellement, tellement simples, et qui pourtant chassèrent l’anxiété qui l’oppressait et lui permirent de relâcher son souffle en souriant. Elle tendit les bras vers lui.
— Je veux te sentir en moi.
* * *
Thorne s’émerveilla de la vue qui s’offrait à lui. Anjali, allongée nue sur son lit, la peau rougie d’excitation, les yeux brillants de désir, sa main tendue, l’invitant à la rejoindre. Ses cheveux soyeux étaient étalés en une cascade noire bleutée autour de sa tête, et ses lèvres étaient entrouvertes, assombries par l’excitation. Pour lui.
Si c’était un rêve, il voulait ne jamais se réveiller.
— Viens, murmura-t-elle d’une voix rauque aussi paradisiaque que pécheresse.
Il s’extirpa rapidement de son propre pantalon avant de retourner sur le lit. Il fit courir ses doigts de façon langoureuse à l’intérieur de sa cuisse jusqu’à effleurer sa vulve gonflée, moite de désir. Anjali retint son souffle, ses mains empoignant fermement les draps.
Le démon marqua un temps d’arrêt et observa son expression pour s’assurer que ce qu’il lui faisait lui procurait du plaisir. Le visage de sa sorcière rayonnait d’envie, et elle passa sa langue sur ses lèvres, poussant légèrement ses hanches vers sa main.
Le sang pulsait dans sa queue, la pression raffermissant ses bourses, son envie de jouir presque insoutenable. Pas tout de suite. Pas avant d’avoir pleinement profité de ce moment et d’avoir donné à son Anjali plus de plaisir qu’elle n’aurait cru possible. S’il devait faire cela – et il n’y avait pas de retour en arrière possible à présent, les limites qui avaient été franchies ne pouvant plus être rétablies –, il allait le faire bien.
Avec délicatesse, observant la moindre de ses réactions, il décrivit de petits cercles autour de son clitoris, appliqua une petite pression, puis descendit pour glisser un doigt en elle. Elle gémit en soulevant ses hanches du matelas.
— Je vais sans doute avoir besoin que tu me guides pour faire ça bien, murmura-t-il contre sa peau, avant de déposer un baiser sur son sein.
Il traça un cercle humide autour de son téton, puis le titilla avec sa langue.
— Je n’ai jamais fait ça avant, ajouta-t-il.
— Quoi ? s’étonna-t-elle en pantelant.
— Tu es la première.
Anjali releva la tête, le désir brûlant inscrit sur son visage laissant place à une expression purement étonnée.
— Je suis ta… Tu n’as jamais fait l’amour avant ?
Faire l’amour. Certainement pas ça, non. Il n’avait jamais dépassé le stade de quelques baisers et d’un peu d’exploration manuelle avec deux femmes, mais chaque fois il avait dû s’arrêter avant de se retrouver au lit. Il ne s’était pas senti à l’aise. Pas alors que son cœur appartenait à une autre.
— Ça a toujours été toi, Anjali. Seulement toi.
Elle relâcha le souffle qu’elle avait retenu avec un son proche d’un geignement. Emmêlant ses doigts dans les cheveux de Thorne, elle attira son visage vers le sien et l’embrassa.
— Comment peux-tu me faire ça ?
Il se raidit.
— Te faire quoi ?
Avait-il fait quelque chose de mal ?
Elle sourit contre ses lèvres.
— Me briser le cœur et le rafistoler au même moment.
— Je suis désolé.
Son rire rauque était comme une caresse pour les sens du démon.
— Non, gros bêta. Il n’y a pas de quoi être désolé. (Elle l’embrassa, une douce rencontre de leurs lèvres, une bénédiction.) J’aime ça, murmura-t-elle en croisant son regard. J’aime ce que tu me fais.
Thorne se sentit aussitôt soulagé. Il sourit, son soulagement lui permettant de mieux respirer.
— Alors je vais te faire d’autres choses.
Sa main trouva son sein, le pressa, puis pinça son téton. Juste un peu, simplement pour la faire gémir et l’inciter à arquer son dos.
— Peut-être même des choses inavouables, ajouta-t-il, faisant écho aux paroles qu’elle avait prononcées plus tôt en parlant de ses fantasmes.
— Oui, je t’en prie.
Elle fit glisser sa main sur son torse, jusqu’à ses hanches, et effleura les poils rasés autour de son membre.
— Plus de caresses. Je veux sentir tes doigts entre mes cuisses. Ce que tu as fait tout à l’heure…
Le plaisir qui le submergea alors qu’elle le touchait court-circuita son cerveau, presque au point de noyer ce qu’elle lui disait. Il reprit ses esprits au prix d’un effort surhumain et suivit ses instructions. Il commença par caresser sa vulve et son clitoris, légèrement d’abord, puis avec plus de pression alors qu’il glissait deux doigts en elle et accélérait le rythme.
Anjali ondulait contre lui, ses gémissements de plaisir comme la plus douce des symphonies, son abandon le rendant fou. Il ne se lasserait jamais de cela, la voir fondre pour lui, se cambrer sous ses caresses.
— Ne t’arrête pas, murmura-t-elle. Juste… Oh, dieux, oui !
Eh bien, cet endroit précis l’excitait au plus haut point. Il le répertoria, comme toutes ses autres réactions, mémorisa la trame de son plaisir, l’intensité de la pression qu’il devait exercer, le rythme qu’il devait adopter. Lorsqu’il la sentait réticente à un certain geste – même si sa réaction était presque imperceptible –, il le bannissait de son répertoire et répétait ces manœuvres qui la faisait agripper les draps et prononcer des mots rendus inintelligibles par son excitation. Il les répéta sans relâche jusqu’à ce qu’elle jouisse sous ses mains avec un cri de pure extase, l’emplissant de fierté masculine.
Lorsqu’elle redescendit de son orgasme, ses yeux de nouveau rivés sur lui, il s’allongea entièrement sur elle, ses deux genoux entre ses cuisses écartées.
Il hésita, voulant être sûr.
— Oui ?
Le sourire qu’elle lui adressa fissura davantage son cœur, permettant à la lumière de l’inonder.
— Oui.
Quelque chose lui tiraillait l’esprit en arrière-plan, et il ne bougea pas avant que la pensée fasse son chemin à travers son cerveau court-circuité par le désir.
— Je n’ai pas de protections.
Elle cligna des yeux puis laissa échapper un petit rire.
— Hum, ce n’est pas grave. Je prends régulièrement une potion contraceptive. Et… je n’ai couché qu’avec un garçon. On a toujours utilisé des capotes.
Un sentiment de jalousie brûlant le traversa, le faisant grogner. Il était au courant pour le gars toutefois. Il l’avait vue avec son petit ami lorsqu’il la suivait pour la protéger, et même alors, son cœur était rongé par le fait de les voir ensemble. Il ne pouvait cependant rien y faire. Il n’avait aucun droit sur elle.
Pas jusqu’à maintenant.
Comme si elle avait senti la direction que prenaient ses pensées, Anjali posa une main sur la joue de Thorne, son regard se faisant plus doux.
— Je suis à toi. Seulement à toi, dit-elle en caressant sa peau et en passant ses doigts dans ses cheveux.
— Oui.
Il l’embrassa de manière possessive, avec une ardeur tempérée par une tendresse qui le fit lui-même frémir intérieurement.
— Tu es mienne.
Les réserves qu’il avait émises, sa peur de se rapprocher d’elle, sa volonté de sortir de sa vie ? Au diable tout ça ! Elle était à lui, et il allait la garder.
D’une main, il lui écarta davantage les cuisses, s’équilibrant avec son autre bras, sa queue pressée contre son entrée humide. Le souffle lourd, les muscles tendus, il croisa son regard et la pénétra. Tremblant sous l’effort qu’il faisait pour prendre son temps – par crainte de lui faire mal –, il s’enfouit petit à petit en elle, jusqu’à ce que son membre soit enfoncé jusqu’à la garde dans la chaleur de son sexe étroit.
Thorne s’immobilisa un instant, serrant les dents contre l’envie dévorante de la pénétrer avec force, de se régaler du va-et-vient dans ce qu’il pourrait décrire comme un bout de paradis enrobé d’une couche brûlante de péché.
— Ça va ?
— Oui. Prends-moi. Je t’en supplie.
Anjali se déhancha contre lui, les muscles de son périnée se resserrant autour de sa queue. Par tous les dieux auxquels je ne crois pas ! Thorne respirait aussi lentement que possible, s’efforçant de tourner ses pensées vers des royaumes pas du tout sexy afin de retarder sa jouissance.
— Si tu continues à faire ça, dit-il d’une voix étranglée, je risque de ne pas pouvoir me retenir bien longtemps.
Le sourire qu’elle lui adressa provoqua toutes sortes de réactions lascives dans son corps.
— Ne te retiens pas pour moi. J’ai eu mon plaisir. C’est ton tour.
Et elle souligna ses propos avec une nouvelle contraction bien placée de ses muscles féminins.
Avec un grognement de capitulation, il donna un coup de reins, agrippant plus fermement l’une de ses cuisses d’une main et l’écartant pour se faciliter l’accès. Le gémissement guttural d’Anjali l’encouragea à accélérer la cadence. Laissant tomber l’idée de retarder son plaisir pour augmenter le sien, il la pénétra encore et encore à un rythme de plus en plus frénétique. Sentir ainsi le sexe de sa sorcière – moite, serré, chaud – était comme une explosion de félicité sexuelle pour ses sens. Il n’en aurait jamais assez.
Anjali faisait onduler ses hanches en accord avec ses pénétrations, s’accrochant à son cou d’une main, l’autre glissant dans son dos jusqu’à ses fesses. Elle les enserra et l’attira plus fort contre elle.
— Oui. Juste… là…
Elle renversa la tête en arrière, les yeux fermés, ses lèvres s’entrouvrant dans un gémissement. Elle frémit et se tortilla sous la force d’un autre orgasme.
Une jouissance qu’il ressentit – chacune des contractions – avec sa queue enfouie en elle.
C’était la chose la plus incroyable qu’il avait jamais connue. Savoir qu’il lui avait fait ça, qu’il lui avait procuré ce plaisir intense, cela le catapulta jusqu’à sa propre délivrance.
Les tempes battantes, son corps tout entier se raidit puis se relâcha alors qu’il jouissait en elle, un sentiment d’extase sans comparaison le traversant par vagues. Il s’immobilisa au-dessus d’elle, savourant les fourmillements de plaisir résiduels parcourant ses nerfs, tandis qu’Anjali agrippait toujours ses fesses d’une main, l’autre caressant ses cheveux.
Elle le gratifia d’un sourire affectueux empreint d’une telle satisfaction que cela le remua au plus profond de lui. Il l’embrassa alors, un baiser tendre et délicat contenant tout ce qu’il ne pouvait pas lui dire pour l’instant. Et elle comprit. Sans un mot, elle roula sur le côté et l’attira contre elle jusqu’à ce que sa tête soit nichée dans la courbe de son épaule puis, elle caressa ses cheveux, lui transmettant une émotion qu’aucun d’entre eux n’était prêt à verbaliser.
Lorsqu’Anjali partit un long moment plus tard – la pression de la réalité s’étant immiscée dans leur extase partagée –, Thorne resta debout dans son salon, l’appartement lui semblant si vide malgré la multitude de livres l’emplissant. Il posa une main sur sa poitrine, sur son cœur battant la chamade. Il ne voulait pas ralentir, ne voulait pas se calmer, tout comme son esprit.
Cette limite qu’il venait de franchir avec Anjali, le chemin qu’ils venaient d’emprunter, c’était de la pure folie. Il ne pouvait pas espérer que cette relation fonctionnerait, pas avec l’énormité du secret qu’il était contraint de lui cacher.
Et pourtant, chaque battement de son cœur frénétique reflétait son désir brûlant d’un avenir avec elle – un réel avenir. Il ne pouvait pas faire machine arrière. Plus maintenant, pas après ce qu’ils avaient fait, après le plaisir auquel il avait goûté dans son étreinte. La vision d’Anjali dans ses bras, confiante, s’abandonnant à lui, le regardant avec sensualité, le hanterait jusqu’à la fin de ses jours. Il se sentait déchiré en son for intérieur à la simple idée de la laisser partir, de lui redonner sa liberté pour qu’elle retrouve cette félicité avec un autre homme.
Non, il ferait tout ce qu’il pourrait pour la garder, pour rester digne de sa confiance, de son affection, de son désir. Il trouverait un moyen pour que leur relation perdure.
Certains secrets pouvaient rester enfouis à jamais.
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